Chapitre 3
La salle du Pope se situait près de l'entrée du Temple d'Athéna, au-delà des Douze Temples Zodiacaux. Le Pope était le chef suprême des Saints, le représentant le plus important d'Athéna.
_ Yulij a-t-elle été séquestrée ? Shun était revenu au Sanctuaire après la confusion au théâtre de l'Acropole, en se présentant directement avec sa Cloth d'Andromède. La Cloth avait un éclat rosé qui rappelait plus une robe de jeune femme qu'une armure de guerrier.
_ Merde ! J'étais là-bas et je n'ai rien pu faire ! Seiya fermait ses poings, gêné d'avoir permis la fuite des ennemis. Il portait lui aussi sa Cloth céleste. Le fait que les Saints utilisaient ces habits signifiait que c'était une réunion de guerre. Vous n'êtes pas blessé, Seigneur Nicol ?
_ Je vais bien. L'attaque m'a juste prise par surprise.
Comme Shun et Seiya, Nicol était un Saint d'Athéna.
La salle du Pope était encerclée de colonnes doriques et ornée de rideaux. Au centre de l'enceinte se trouvait un haut relief couvert par un voile, où le siège du Pope se dressait. Mais personne n'y était assis.
La charge de Pope était vacante. Nicol, chef des officiers, était celui qui avait le soin de s'occuper de l'administration du Sanctuaire.
Vous, lecteurs, sauriez-vous deviner le nombre de constellations existant dans le ciel ? Selon les astronomes, il en existe 88.
Mais ce n'est pas un facteur absolu, scientifiquement parlant, de même qu'il n'existe pas d'opinion prédominante sur la description de chaque constellation. Pour dire vrai, le nombre « 88 » a été une généralisation adoptée par l'Union Astronomique Internationale dans son Assemblée Générale de 1930, et il est basé sur le modèle de l'astronome classique Ptolémée. Ce compte officiel apporte qu'il est déjà connu par les civilisations antiques, tout en augmentant les découvertes récentes des constellations méridionales.
D'une quelconque manière, aucune de ces données n'a permis de connaître l'histoire des Cloths, une tradition qui remonte à l'Ere des Dieux.
Une personne se retrouve Saint après avoir été choisie comme représentante d'une constellation spécifique. Depuis toujours, ces guerriers font face à des batailles mortelles pour protéger notre monde du Mal. Quand leur propre force n'est pas suffisante, ils recourent à la Grâce Divine, à travers ces Cloths sacrés – chaque Saint posséde sa propre constellation, qu'elle soit Boréale, Australe ou Zodiacale (théoriquement 24, 48 et 12 de chaque type, respectivement).
Il existe trois grades entre les Saints : Gold, Silver et Bronze.
Les Gold Saints sont au-dessus de tous les autres et leurs constellations sont représentées par les Douze Temples Zodiacaux – comme le Bélier, le Taureau et les Gémeaux. Les Silver Saints sont ensuite les plus proches dans l'ordre hiérarchique, suivis des Bronze Saints. Les soldats clôturent.
Le Pope commande tous les niveaux – c'est pourquoi un Gold Saint est en général choisi par son prédécesseur pour en assumer la charge; les officiers demeurant Silver ou Bronze Saints. Ses responsabilités incluent la lecture des étoiles, la surveillance de toute présence malsaine sur Terre, l'écrit de l'histoire, et la transmission du legs des secrets mystiques du Sanctuaire aux générations futures.
Certains croient qu'il existe 24 Bronze Saints et 48 Silver Saints, mais, en mettant de côté les douze Gold Saints, personne ne sait exactement combien sont les guerriers de chaque rang. Apparemment, même le Pope ne connaît pas le nombre total de Cloths sacrées existantes.
L'histoire du Sanctuaire, dont les données sont relativement nouvelles, n'offrent pas non plus de réponse exacte. Selon un récit récent, le nombre maximal de Guerriers Sacrés serait de 78. Dans un autre récit, ce nombre varie à 88. Celui des astronomes se base d'une façon indirecte sur cette annotation pour établir le compte « officiel » de constellations, mais aucune preuve n'existe.
En plus de cela, ces théories se contredisent : par exemple, il existe un Saint du Cerbère, pourtant cette constellation n'est pas présente dans la liste « officielle » des astronomes. Le seul point commun entre toutes ces versions est la croyance qu'à aucun moment tous les habits aient été utilisés simultanément.
Nous ne pouvons pas non plus négliger que l'univers n'est pas quelque chose de statique. La carte céleste étant dans une transformation constante : beaucoup d'étoiles prennent feu et deviennent des Novas, et même l'Etoile Polaire reste immobile pendant des millions d'années.
Toutes les personnes naissent et meurent sous le destin des étoiles. Le firmament et le monde dans lequel nous vivons se réfléchissent l'un dans l'autre. Si le monde change, ils changent les étoiles et leur dessin dans le ciel, ou bien, changent les constellations qui déterminent les habits sacrés. En prenant compte cela, la propre nature du destin des Saints est mouvante, et les Guerriers Sacrés savent cela.
Malgré tout cela, le nombre « 88 » est devenu la réponse à la quantité de constellations et des Saints existants. Mais, au jour d'aujourd'hui, la période dans laquelle notre histoire arrive, il n'existe même pas la moitié de ces guerriers.
_ D'après ce que Seiya raconte, il peut y avoir une relation entre la personne qui m'a attaqué au théâtre et les envahisseurs qui ont séquestré Yulij, fit Nicol, qui sentait encore une douleur, et comprimait les muscles de son visage.
_ Pourtant vous êtes un Silver Saint, comment ce désavantage a-t-il pu perdurer ?
_ Seiya, je ne sais pas quoi répondre à cela, Nicol était encore confus et honteux. Je le ressens énormément... pour Yulij aussi.
Yulij était une Bronze Saint, pouvant être comparée au niveau de Shun. Comme l'avait démontré le coup que Seiya avait porté à Agrios. L'essence divine des techniques de combat des Guerriers Sacrés n'avait aucune relation avec une forte capacité musculaire.
_ Qu'est-ce qui se passe ? Quel était le but de ces ennemis ?
_ Au moins, rien est arrivé à notre déesse Athéna. Heureusement.
_ Comment pouvez-vous prononcer le mot « heureusement » dans un moment comme celui-ci, Nicol ? Une voix douce inondait la salle avec une charge d'affection et de bonté.
Les rideaux s'étaient ouverts, révélant la silhouette d'un jeune fille. Elle était la déesse de la guerre et de la sagesse. La vierge éternelle.
Zeus, dieu des cieux ; Poséidon, seigneur des mers ; Hadès, maître des enfers. Athéna, protectrice de la terre, avec un pouvoir comparable aux trois entités suprêmes.
_ Athéna. Nicol se mit à genou dans une révérence qu'il était habitué à faire.
_ On ne peut pas parler de quelque chose d' « heureux » quand l'un de mes Saints est en danger. Continua Athéna, en nourrissant une attitude hautaine.
Le visage féminin de la déesse était d'une beauté sans pareil. Elle paraissait avoir le même age que Seiya et Shun, avec de longs cheveux arrivant jusqu'à la ceinture et une robe blanche. Elle n'était pas tout à fait différente d'une jeune fille normale, même en considérant sa beauté extraordinaire.
_ Ces mots étaient inopinés. Pardonnez-moi, Athéna – s'excusa Nicol, en se courbant encore plus.
_ Ne t'accuses pas. S'il te plaît, lèves la tête.
La déesse transmettait son autorité dans sa manière d'étendre sa main vers Nicol, un homme apparemment beaucoup plus vieux qu'elle (ce qui ne pourrait pas être plus proche de la réalité, comme nous savons).
_ Les Gigas...
_ Oui, je le sais déjà. Sa voix enveloppante transmettait aussi une caractéristique divine, manifestant sa volonté de déesse à chaque mot prononcé. Après tout, la jeune fille était Athéna, l'incarnation de cette divinité à cette époque.
_ Qui sont ces Gigas ?
_ Ce sont les géants des mythes grecs, répondit Nicol à Seiya.
_ Ah... Les Mythes...
_ Un jour il faudra que tu viennes avec moi à la bibliothèque pour apprendre l'histoire de la création du ciel et de la terre.
_ Aaaah... je crois pas que je pourrai, répondit Seiya, en grimaçant.
_ Les Gigas sont la propre origine étymologique du mot « géant », expliqua Nicole avec sa patience inégalable.
_ Des géants comme ceux des contes pour enfants ? Eh ben, les types qui sont venus ici sont grands, mais dire qu'ils sont des géants c'est un peu exagérer.
_ Permets-moi de te raconter l'histoire des Gigas, continua Nicol, comme s'il était un professeur. Cela commence dans l'Ere antique des Dieux, un temps après l'apparition des Saints et de leur première lutte, la bataille de Poséidon, liée aux terres de l'Attique.
Dans la salle, seule la voix de Nicol était audible, les autres écoutant avec attention.
_ C'est à cette époque que les Gigas déclarèrent la guerre aux Saints, dans le but de dominer le monde. Ces dieux anciens mauvais étaient différents des entités olympiques comme Poséidon et Hadès. Ils aimaient à s'appeler les « Enfants de la Grande-Terre » et se protégeaient avec des armures d'Adamas, un matériau encore plus résistant que l'Orichalque. Notre victoire a été conquise à un haut prix, et grâce à la présence d'Athéna sur les champs de bataille. Presque aucun Saint n'a survécu.
_ Je n'arrive pas à imaginer une guerre aussi difficile.
_ Même vainqueur, Athéna n'a pas pu détruire ces dieux immortels. Elle n'a pas eu d'autre choix que de les exiler dans les profondeurs au-delà du Tartare, pour que leur volonté maléfique n'envahisse jamais Gaia à nouveau. C'est l'histoire de la Gigantomachie.
_ La Gigantomachie ?
_ C'est le nom que l'on donne à cette guerre contre les Gigas dans la mythologie, répondit Nicol, solennellement. Selon l'historien Apollodore, durant la Gigantomachie, Athéna lança sur les Gigas le Mont Etna, qui se tient en Sicile, pour les emprisonner.
_ Tu as bien dit Sicile ?, demanda Seiya. Athéna... les envahisseurs du Sanctuaire, ces Gigas dont on parle, ils ont dit qu'ils emmenaient Yulij en Sicile.
_ Mais je ne comprend pas, la voix de la déesse était chargée de douleur pour Yulij. Pourquoi ne m'ont-ils pas attaqué directement ?
_ Nous sommes tous préoccupés de la sûreté de Yulij, mais, avant tout, il nous faut découvrir pourquoi les Gigas sont de retour, alors qu'ils avaient été emprisonnés depuis des temps immémoriaux.
_ Je pars pour la Sicile, fit Athéna dans un ton subitement confiant.
_ Vous voulez y aller en personne ?! Une déesse ?! Nous ne le permettrons jamais.
_ Nicol..., la voix de la jeune fille débordait de compassion. Je suis heureuse que tu te préoccupes de moi, mais je ne peux pas abandonner mes Saints. Quel type de mère abandonnerait ses enfants ?
L'image de la jeune fille s'adressant aux Guerriers Sacrés comme ses enfants était très poétique, et démontrait sa détermination inégalable pour les protéger. Une déesse disposée à lutter pour ceux qu'elle aime.
_ Je la suivrai... !, interrompit Seiya bruyamment, brisant le moment solennel. Je ne connais pas trop ces Gigas, mais je ne vais pas rester assis ici en sachant exactement où ces types sont. Je vais là-bas !
_ Moi aussi, enchaîna Shun.
Craignant pour la sûreté d'Athéna, Nicol décidait de prendre le contrôle de la situation, en usant de son autorité temporaire de Pope.
_ Vous y allez tous les deux. La mission est officiellement acceptée avec vigueur par Seiya et Shun. Le premier objectif sera d'enquêter sur les forces ennemies, ajouta Nicol. Seulement alors, nous soumettrons la décision au jugement d'Athéna.
_ Mais...
_ Tout est déjà décidé et accepté, mademoiselle, compléta-t-il, ignorant la tentative de protestation de la déesse.
_ Je suis de retour !!!!!! Une voix stridente provenait de dehors. Kiki se joignit aux autres dans la Salle du Pope.
_ Bon travail, Kiki.
_ Allez, seigneur Nicol, vous aimez abuser des gens, hein ?, sortit le garçon d'un ton infantile et animé. Bien que la Sicile se situe à 800 kilomètres d'ici, il m'a fallu quand même traverser deux fois la Mer Ionienne et la Péninsule Italienne !
_ Et tu as réussi à revenir de Sicile, Kiki ?
_ Ca paraît clair !, Kiki fit un clin d'½il à Seiya.
_ Tu sembles bien te porter, dit Nicol en souriant. Tu as beaucoup d'énergie...
La téléportation provoquait une énorme fatigue spirituelle, spécialement en faisant un aller-retour sans repos comme cela.
_ J'ai demandé à Kiki de trouver un guide de là-bas, expliqua Nicole.
_ Et je vais vous dire une chose, la téléportation me fatigue deux fois plus ! Kiki ne cessait de haleter, s'asseyant par terre. Non, ça fatigue quatre fois plus !
_ Un guide ? Seiya était encore confus.
_ Vous aller avoir besoin de quelqu'un pour vous montrer le chemin. La réponse avait été donnée par une nouvelle voix. La Sicile est la plus grande île de la Méditerranée. Tu ne voudrais pas t'y perdre, hein, Seiya ?
Le garçon, récemment arrivé, parlait avec ironie et donna une tape sur l'épaule à Seiya, en y démontrant de l'intimité. Pourtant, le Saint de Pégase ne semblait pas avoir la moindre idée de son identité. L' « étranger » mesurait environ 10 centimètres de plus que Seiya et semblait être plus vieux de deux ou trois ans. Il avait un tatouage sur le bras et portait des vêtements déchirés qui auraient pu appartenir à un garçon de la rue. Il possédait de longs cheveux peignés de couleur argentée, qui rappelait le pelage d'un loup.
_ Qui es-tu ?
_ Ha !Ha ! Ne fais pas cette tête mon gars ! Ca me rappel l'époque où tu étais un petit morveux cherchant sans arrêt la bagarre. Le jeune homme plaisantait sur Seiya sur un ton aimable et nettement nostalgique.
_ Quand j'étais un morveux... ? Hey, tu es Mei !
La constatation de Seiya, Shun et même Athéna, les ramenèrent dans le temps quelques instants. La présence de leur ami d'enfance faisait remonter d'antiques souvenirs à la surface, illuminant et transformant le visage de tous. L'incarnation de la déesse, si imposante soit-elle, semblait laisser place à la fillette d'il y a quelques années.
_ C'est bien toi, Mei ?
_ Tu es toujours le même, Seiya. Et toi, Shun, tu es toujours un pleurnichard ! Et..., le jeune homme aux cheveux argentés devint plus sérieux tournant la tête vers Athéna. C'est un grand plaisir de vous revoir, Mademoiselle Saori.